Afrique et le capital investissement

Qu’est–ce que le capital investissement ?

Le capital investissement consiste en une prise de participation en capital, dans des entreprises non cotées n’ayant donc pas accès aux marchés boursiers pour financer leur démarrage, leur développement ou leur transmission. Il s’agit ainsi de financer des sociétés en création ou en développement à un moment critique de leur histoire, en palliant le manque de moyens financiers des fondateurs ou des dirigeants, et en fournissant des capitaux que les banques ne sont pas prêtes à engager, compte tenu du risque associé à l’opération. L’objectif du capital investisseur qu’il soit un business angel (particuliers disposant d’une épargne à investir) ou un fonds d’investissement (gérant des capitaux qui lui ont été confiés par des investisseurs industriels, des banques, des compagnies d’assurance, etc.), est d’obtenir une rentabilité à la mesure du risque qu’il prend. Par rentabilité élevée, entendez 15-20 % par an cumulés pour du capital développement et plus de 40% pour du capital risque (financement d’une entreprise en création). Ces chiffres peuvent être comparés au taux de rendement de 3-4 % généré par un investissement en caisse d’épargne dans la zone UEMOA.

Le développement du capital investissement en Afrique

Les pionniers du capital investissement en Afrique sont : la Société Financière Internationale (SFI), filiale de la banque mondiale, et plusieurs agences de développement européennes comme la britannique Commonwealth Development Agency (CDC), la Société néerlandaise pour le financement du développement (FMO), l’allemande DEG, la finlandaise Finnfund, etc. Avec 750 millions de dollars de participations, la CDC est le plus important investisseur en Afrique, suivie de la FMO (220 millions de dollars). Notons également la présence sur le continent du prince saoudien Al-Walid Ibn Talal, notamment dans le secteur bancaire au Ghana et au Nigeria et dans les télécoms au Sénégal. Le prince envisage également d’investir jusqu’à 400 millions de dollars en Afrique subsaharienne à travers un nouveau fonds, HSBC Kingdom Africa Investments, créé en partenariat avec HSBC.

Ces chiffres peuvent sembler importants en valeur absolue. Mais la réalité est tout autre. En effet le rapport 2006 de la CNUCED montre que malgré le bond effectué par les investissements étrangers directs (IED) en Afrique, passant de 17 milliards de dollars en 2004 à 31 milliards en 2005, seul l’Afrique du Sud tire son épingle du jeu. Sur les 6,4 milliards de dollars du total des entrées au niveau régional, l’Afrique du Sud se taille la part du lion en absorbant 21% de ce total. L’Egypte s’est placée au deuxième rang, devant le Nigeria. A de rares exceptions près, dont le Soudan, la plupart des 34 pays les moins avancés (PMA) de la région n’ont, comme dans le passé, guère attiré d’IED. La part de l’Afrique dans les IED mondial est néanmoins restée faible, dépassant à peine 3%.

Sans être exhaustif je pense que plusieurs approches sont possibles pour combler ce retard. Au niveau des entreprises publiques, il faut poursuivre les réformes en accélérant le processus de privatisation de façon à attirer les capitaux étrangers notamment grâce à des opérations de type fusions acquisitions. Notons à ce propos que les 21% des IED au niveau régional dont bénéficie l’Afrique du Sud s’expliquent essentiellement par l’acquisition d’ABSA (Afrique du Sud) par Barclays Bank (Royaume-Uni). De plus du fait des cours élevés du baril de pétrole, certains pays producteurs – en particulier ceux du Golfe – ont constitué d’importantes réserves monétaires qui ne demandent qu’à être investies. Concernant les entreprises privées, particulièrement les PME-PMI (dites de Middle Market) dont le capital est détenu en général par le fondateur, il faudrait les accompagner en les aidant à se familiariser avec la culture du capital investissement. L’acquisition de cette culture passe par la volonté de l’entrepreneur d’ouvrir le capital de son entreprise afin d’attirer les investisseurs pour accélérer le développement de celle-ci. Cependant pour susciter l’intérêt des investisseurs, certains préalables sont requis tels que : respecter des règles de transparence quant à la gestion de la société et à la communication des états financiers ; élaborer un business plan crédible et réalisable ; s’entourer d’un management de qualité et surtout proposer une solution de sortie à l’investisseur. En effet c’est au moment du désinvestissement que le capital investisseur réalise la plus-value espérée (contrepartie du risque encouru), soit en revendant sa participation, soit en introduisant la société en bourse. Dans ce type de schéma, ce sont généralement des professionnels, jouant le rôle de conseil, qui peuvent accompagner l’entrepreneur dans sa relation avec le capital investisseur. Les plus petites entreprises auront recours à un expert comptable, à un avocat ou à un consultant indépendant. Les plus grandes auront recours au conseil d’une banque d’affaires qui est la structure compétente pour gérer ce genre d’opération en capital investissement. Les banquiers d’affaires entretiennent des relations privilégiées avec les investisseurs et leur métier est d’accompagner l’entrepreneur dans sa démarche de restructuration et de levée de fonds.


Francis A. Agbado