Régulation et réformes économiques mondiales

Sortir l’Afrique de la stratégie de rente

La principale innovation du processus de Bâle II est d’élargir la notion de risques aux aspects opérationnels (en plus de ceux liés au crédit et aux marchés).

Poursuivre les réformes

Promouvoir des mesures de régulation transnationale rappelle de nouveau la nécessité de poursuivre les réformes (dont certaines ont en effet déjà porté des fruits mais à un niveau macroéconomique) ; des efforts restent encore à faire pour libérer le potentiel de croissance des réformes. Loin d’être un handicap, ce relatif retard de calendrier de l’Afrique devrait être perçu comme une chance à conditions que des véritables réformes puissent y être menées de façon coordonnée et à une échelle suffisamment significative pour mobiliser les investissements. Pour y parvenir, il convient par exemple de décloisonner davantage encore les marchés nationaux pour permettre l’émergence d’entités d’envergure capables d’opérer sur un périmètre régional, continental (et à moyenne/longue échéance mondiale comme le font déjà si bien certaines firmes chinoises et indiennes dont le terrain de jeu est le monde entier). Pour réussir ce processus long, la volonté des gouvernements, l’implication des partenaires au développement et la mue des acteurs privés (entrepreneurs et banquiers/financiers) seront des facteurs décisifs.

Redéfinir les responsabilités

La principale responsabilité des gouvernements devrait désormais être d’inventer de véritables politiques économiques (et non pas de recopier les tablettes provenant de Washington, Bruxelles ou Paris) ; les bailleurs de fonds devraient renoncer un peu à leur influence excessive sur les gouvernements africains (et peut-être placer leurs fonds sur les marchés qui prêteraient aux Etats avec des obligations plus contraignantes de résultats : ex. reporting régulier) ; enfin, une nouvelle race de privés doit émerger qui compte davantage de véritables entrepreneurs (pouvant développer un vrai secteur productif) et non pas des « rentiers » engagés dans une course permanente aux niches lesquelles ont par nature un effet très marginal sur l’ensemble de l’économie (à moins d’être situé très haut dans la chaîne de valeur où les barrières à l’entrée restent élevées). L’enjeu que soulève en réalité la transposition de règlements transnationaux sur le continent est en réalité celui de la mutation des économies africaines du statut informel vers le statut formel/moderne, condition exclusive d’une participation bénéfique à la compétition mondiale.


Franck O. Igué