
L'Afrique est de plus en plus envahie par la Chine qui la considère non seulement comme un pourvoyeur de ressources stratégiques mais aussi comme un immense marché en pleine expansion.
La récente tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, illustre cet intérêt, autant que la publication le 11 janvier à Pékin du Livre Blanc "La Politique de la Chine à l'égard de l'Afrique". Car comme le témoigne le ministre adjoint des Affaires étrangères, Lu Guozeng, "l'Afrique est riche en ressources naturelles dont le développement économique chinois a un besoin urgent ". De 817 millions de dollars en 1977, les relations commerciales entre la Chine et l'Afrique sont en 2003, de 18,5 milliards de dollars US. D'après des chiffres rendus publics par l'administration des Douanes de Chines, la part de l'Afrique dans les échanges entre la Chine et le reste du monde, de janvier à août 2005, est passée à 25 milliards de dollars US, soit 13 milliards pour les importations et 12 milliards pour les exportations. A titre d'exemple, la chine est fournisseur du Sénégal à hauteur de 3% de ses importations et vient loin devant la France (qui occupe la onzième place) en cinquième position dans les importations du Togo, avec une croissance déconcertante : La part de la Chine dans les importations togolaises est passée de 2,9% en 2002 à 4,1% en 2003. Elle fournit principalement des produits textiles au Togo.
Quant au Bénin, l'on sait que ses meilleurs clients sont les fabricants de textile, grands exportateurs de coton égrené dont la chine a besoin.
L'intérêt Chinois pour l'Afrique s'est concrétisé en 2000 par l'organisation d'un forum de dialogue et de coopération qui a connu la participation de 45 pays africains. Elle lorgne en particulier les matières premières dont le pétrole, le bois, le minerais et le gaz. En effet, selon des estimations américaines, la Chine a dépassé le Japon depuis 2003 pour devenir, derrière les Etats-Unis, le second consommateur de pétrole au monde. Qu'il s'agisse donc du Nigeria, de l'Angola, de la Guinée équatoriale, du Soudan, de l'Algérie ou encore de la Libye, le marché est ouvert et Pékin doit diversifier ses fournisseurs. Ainsi, en janvier 2004, le Président Hu Jintao en visite au Gabon a signé avec son homologue gabonais un accord de prospection et d'exploitation de pétrole et la société pétrolière Total-Gabon et le groupe chinois Sinopec (China Petroleum & Chemical Corporation) ont signé un contrat de vente de pétrole brut à la Chine d'un volume d'un million de tonnes, pour la même année, faisant de Pékin le troisième acheteur d'or noir gabonais, derrière les Etats-Unis et la France, selon le Centre d'étude français sur la Chine contemporaine (CEFC). Au Nigeria, la première compagnie pétrolière chinoise, China National Offshore Oil Corp (CNOOC), bénéficie d'une prise de participation de 45% dans un champ offshore, pour 2,268 milliards de dollars sur fonds propres. Dans deux ans, le contrat devrait, "donner accès à un champ de gaz et de pétrole d'un potentiel énorme ", a laissé entendre Fu Chengyu, le directeur exécutif de CNOOC. La Chine est également présente dans le Delta du Niger, en concurrence féroce avec les compagnies indiennes et les géants pétroliers de la planète, et au Soudan, pour l'exploitation du bassin de Muglad, par le biais de la China National Petroleum Company (CNPC), qui détient elle-même 40% du consortium Greater Nile Petroleum Operating Company (GNPOC). L'oléoduc de 1500 kilomètres construit par la société et chargé d'acheminer l'or noir du sud du pays jusqu'au terminal portuaire de Marsa al-Bashair, au bord de la Mer rouge, constituerait le plus important investissement chinois à l'étranger.
En octobre 2004, la Chine a obtenu, en échange d'aides financières, le droit d'acquérir une participation de 50 % dans un gisement détenu auparavant par le pétrolier Shell, indique le CEFC qui précise qu'un tiers du pétrole angolais part aujourd'hui en Chine. C'est fort de ses intérêts à plusieurs reprises d'utiliser son droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU pour s'opposer à l'adoption de sanctions politiques et pétrolières contre le Soudan dans le cadre du conflit dans le Darfour. "Entre 1999 et 2004, le volume du commerce bilatéral a fortement augmenté passant de 578 millions de dollars à 1,5 milliards", note le poste d'expansion économique chinois à Abuja fixant le nombre de compagnies chinoises ayant investi au Nigeria à plus de 67. En 2004, La chine a été le premier acheteur au monde de ciment (elle en a importé 55 % de la production mondiale), de charbon (40 %), d'acier (25 %), de nickel (25 %) et d'aluminium (14 %).