
Trois ans après l'ouverture de ses chantiers, la zone franche industrielle de Sèmè Kpodji au Bénin est en passe de devenir une réalité.
A l'entrée, des gravas d'agglos donnent au visiteur l'image d'un chantier abandonné. Pourtant à quelques kilomètres de là, le génie militaire s'active à parachever la construction du dernier exécutoire d'eau de ruissellement de ce qui va constituer dans les années à venir le nouveau pôle industriel du Bénin. '' Les travaux d'assainissement et de pavage du site sont déjà exécutés à plus de 70% excepté le pavage des allées, explique Calixte Dèdjinou, responsable du cabinet Best Ingénieur Conseil chargé de la surveillance et du contrôle des travaux. Cet acte constituera en réalité l'un des tous derniers travaux avant l'installation des premières usines sur les 40 ha aménagés par l'Etat béninois pour la phase dite d'urgence du projet, la superficie totale de la zone franche industrielle (Zfi ) de Sèmè étant de 230 ha. ''Ce qui restera à faire c'est la distribution de l'électricité, de l'adduction d'eau et l'extension du réseau téléphonique sur toute l'étendue du site'', a fait remarquer Jean Michel Abimbola, directeur général de l'Agence d'administration de la Zone franche industrielle (AZfi). Cette société anonyme au capital social de 2 milliards de (20 %) pour l'Etat béninois et 80% pour les privés) est chargée de promouvoir la Zfi , d'accompagner et de suivre les investisseurs depuis la demande d'agrément jusqu'à l'exploitation.
Depuis mars 2005 que l'A-Zfi a été installée, beaucoup d'investisseurs se bousculent déjà àsa porte. '' Une quarantaine'', confie M. Abimbola qui précise que le premier agrément a été accordé le29 septembre 2005 à la société Afokantan Benin Cashew SA, à capitaux hollandais (60%) et béninois (40%) qui installera au point franc à Tchaourou une usine de transformation de la noix de cajou. Le point franc, souligne le patron de l'A-Zfi , est un site d'implantation d'une entreprise réunissant des conditions d'installation dans une zone franche et qui, bien que située en dehors des zones franches géographiquement délimitées,est néanmoins soumise au régime dela Zone franche industrielle. En mars2006, la société hong kongaise PowerOnanufacture SA a également reзu son agrément au titre de point franc à Cotonou, pour l'implantation d'une usine de haute technologie de fabrication de CD et VCD destinés aux marchés régionaux et internationaux. En outre, la société franзaise Crustamer, spécialisée dans l'exportation de crevettes sur le marché européen et déjà installée au Bénin a pu bénéficier en avril 2006 du statut de point franc à Cotonou pour son usine de produits halieutiques. D'autres entreprises pourraient bientôt obtenir leur agrément. Une société libanoivoirienne d'agro-industrie, une raffinerie libanaise d'huile de palme et une industrie textile chinoise sont en cours de constitution, sans compter les entreprises déjà présentes au Bénin et qui pourraient, à l'image de Crustamer, bénéficier de conditions plus favorables si elles sont exportatrices.
Parlant des avantages de ce projet, Jean-Michel évoque la situation géographique du site qui ne relève pas du hasard. La Zfi est en réalité implantée à 8 kilomètres de la frontière du Nigeria, sur le littoral et à 20 km du port et de l'aéroport de Cotonou dont l'accès est possible grâce à un réseau auto-routier. '' Nous sommes doncl'Uemoa et nous avons l'agrément de la Loi américaine Agoa'', soutient-il. Mais ce qui drainera surtout les investisseurs vers la Zfi , selon lui, ce sont les avantages douaniers et fiscaux qu'on leur offre. Les entreprises agrées bénéficient à l'importation et à compter de la date de l'agrément de l'exon aux confluents de deux marchés: le Nigeria et ération des droits et taxes ( à l'exception de la taxe de voirie) sur tous les matériels devant intervenir dans la mise en place et le fonctionnement des unités de production. Une réduction de 60% de ces mêmes droits et taxes est accordée sur les véhicules utilitaires acquis par les entreprises agréées. S'agissant des avantages fiscaux, les entreprises disposeront entre autres, d'une exonération de l'impôt sur le BIC (Bénéfice industriel et commercial) pendant les 10, 12 et 15 premières années à compter de l'agrément ainsi que l'exonération de la Tva (taxe sur la valeur ajoutée) pendant la durée de l'agrément au régime de la Zfi sur les livraisons de produits semi-ouvrés, les emballages, les livraisons faites à soi-même dans la mesure où elles s'intègrent au processus de production, les travaux et services fournis. La Zfi , en déduit Gafari Bello, directeur du développement industriel au ministère béninois en charge de l'industrie, est une pièce maîtresse pour améliorer la compétitivité de l'économie béninoise. De leur côté, les entreprises agréées doivent s'engager à garantir l'exportation d'au moins 65 % de leur production annuelle, réserver en priorité les emplois permanents aux nationaux béninois, utiliser en priorité les matières premières, matériaux et fournitures d'origine béninoise, à compétitivité égale. L'heure a-t-elle enfin sonné pour que l'industrie béninoise sort de son état embryonnaire ?