
Le Siao à l’épreuve de la rentabilité.
Le Siao en 10 éditions est devenue une institution de l’artisanat africain, et le symbole de l’identité culturelle des pays du continent.
Ce rendez-vous biennal a dans ses cahiers de charge, l’ambition de susciter et organiser la réflexion et la concertation sur les problèmes de développement de l'artisanat des pays africains. En marge de l'exposition, divers débats, colloques et séminaires autour de la problématique de l'artisanat sont organisés. Ce qui offre à tous les intervenants du secteur de l'artisanat un cadre pour échanger et trouver les pistes pour une meilleure visibilité de l'artisanat africain. Des ateliers techniques sont également organisés pour faciliter l'appropriation de certaines techniques de travail par les artisans. C'est le lieu pour des maîtres d'ateliers de faire bénéficier leurs techniques et leurs expériences aux autres artistes afin de favoriser une meilleure expression dans les oeuvres. Au-delà de son objectif commercial, le Siao revêt aussi un grand intérêt culturel et touristique. Il permet de voir en un seul lieu et en un temps déterminé, un échantillon très représentatif de l'artisanat de l'ensemble du continent.
Le Siao est parti d'une exposition-vente de l'artisanat burkinabé organisée en novembre 1984 sous l’appellation "ARTISANAT 84" qui a mis en compétition les artisans de toutes les provinces du Burkina Faso et des produits de qualité variés. Ce qui a permis de constater que les burkinabé sont de grands consommateurs de produits de l'artisanat tant utilitaire que décoratif. Mais il a été surtout l'occasion de mesurer l'intérêt des invités européens et américains face à la variété et à la beauté des oeuvres présentées. Quatre ans plus tard, naissait le Siao. Au fil des ans, il est plus devenu question d’identité culturelle que de variété et de beauté des oeuvres présentées. Ainsi, l’édition de 1998, celle des 10 ans du Siao avait pour thème : "Artisanat de la maison en Afrique et évolutions possibles." Ce qui constitue la ligne directrice de ce sommet africain des artisans a été tracé à travers un document final, fruit des débats menés par les spécialistes africains. Les participants ont tout d’abord posé le diagnostic en insistant sur le rôle de l’artisan dans le passé. «Autrefois le travail de l'artisan s'inscrivait dans une logique dictée par deux impératifs principaux : La réponse à des besoins utilitaires, avec la fabrication d'ustensiles ménagers, d'outils, de vêtements, d'armes et la réponse à un besoin d'éléments de reconnaissance sociale, pour chaque groupe ou chaque individu au sein du groupe. On ne gravait pas les mêmes motifs pour la calebasse du chef du village que pour celle du forgeron.» La modification des données (concurrence économique) avec l'arrivée de la puissante économie occidentale qui fait de la calebasse ou du tissage traditionnel des produits moins rentables et moins utilisés que la casserole émaillée (en provenance d'Europe ou d'Asie). Les tissus "Africains" fabriqués en Hollande sont des éléments qui prouvent, selon les participants à la réflexion, la perte de la fonction identitaire. Le document final souligne également qu’avec la mondialisation des échanges économiques et culturels, les éléments de reconnaissance sociale sont maintenant : la télévision, la Mercédès, le Coca Cola, etc. Face à cette invasion de produits industriels, l'artisan a perdu sa place dans l'échelle sociale africaine, avec comme conséquence immédiate, un désintéressement des jeunes générations au profit de "situations" plus valorisantes. Le Siao se veut donc être le témoin de la résurrection de l’artisanat. Dès lors, ce Salon s’impose comme objectif la promotion des actions visant le renforcement de l’identité culturelle des pays africains. Cette identité culturelle qui est toujours «un facteur de cohésion sociale», conclut le document.
Virgile Mêgnito