Banques en Afrique

Beaucoup de liquidités, peu de crédits

En Afrique, les demandes de crédit pour le financement accroissent vertigineusement sans que les banques, pourtant en surliquidité, ne daignent y répondre favorablement.

Béninois et entrepreneur culturel de renommée internationale, Ousmane Alédji semble ne plus croire aux possibilités d’octroi de crédits par les banques installées dans son pays. Voilà longtemps qu’il tente de convaincre les banques de financer un de ses projets qu’il juge assez rentable. Il y croit beaucoup mais butte contre l’indécision des institutions financières de la place. « C’est à croire qu’il n’existe plus de banques pour porter des projets d’opérateurs que nous sommes. Une telle situation tuera à la longue l’esprit d’initiative », déclare-t-il, en désespoir de cause. Tout comme la demande de cet opérateur culturel, nombre de demandes de financement de projets porteurs restent sans suite en Afrique. Un véritable paradoxe quand on sait que plus de deux milliards de Francs Cfa de liquidités dorment dans les banques des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), selon le centre du commerce international. Du coup, en l’absence de soutien d’institutions financières, le commerce et l’investissement se trouvent fortement menacés sur un continent qui n’a guère trouvé toutes les inconnues à l’équation de son développement

Risque zéro

La surliquidité que l’on note au niveau des banques africaines tient, selon les spécialistes des questions bancaires, d’un souci de minimiser les risques. Evaluer et atténuer les risques liés au financement des projets, tel est la raison qui semble justifier les réserves observées par les banques. Moudachirou Adéchokan, économiste et banquier de profession exerçant au Bénin, explique qu’au-delà de la condition de disposer d’un compte à la banque et d’effectuer régulièrement des opérations, le demandeur d’un crédit doit pouvoir avoir à son actif un projet porteur, capable de convaincre son banquier. Une étude de marché menée par la banque permet d’apprécier si le projet est bancable. Aussi, est-il exigé du requérrant un minimum de confiance et de sérieux dans la conduite de ses affaires. En somme une comptabilité sérieuse. Ces précautions s’expliquent à travers l’histoire des banques en Afrique. La banqueroute à laquelle on a assisté dans les années 1980 sur le continent, avec la faillite de nombreuses banques d’Etat, justifie la frilosité des nouvelles banques en place. Nonobstant cette situation, M Adéchokan indique qu’il y a beaucoup d’impayés. « Les crédits sont octroyés mais ne sont guère remboursés par les demandeurs », soutient-il. Il ne s’agit donc plus de donner de l’argent à qui veut mais à celui dont on est sûr des garanties. Tous ces critères limitent l’accès de nombreux demandeur au crédit, au point qu’au finish, on note « peu d’élus pour beaucoup d’appelés ».