Accès aux crédits bancaires

Frileuses et méfiantes à l’extrême, les banques hésitent à accorder leur confiance aux Petites et Moyennes Entreprises. Insuffisance de garantie et crainte d’insolvabilité clouent au pilori de la résignation, nombre de Pme et Pmi.

Exit les pauvres et démunis

Les Petites et Moyennes Entreprises africaines ou leurs homologues de l’Industrie ont-elles foi en leurs banques ? A priori oui, mais à la réalité des faits, bien peu d’entre elles parviennent à gagner la confiance des institutions financières. Et pour cause, les banques, en dépit de leurs importantes réserves, se refusent à tous risques lorsqu’il s’agit de consentir des prêts à des clients qu’elles jugent pas suffisamment crédibles. Combien sont-ils, ces promoteurs d’initiatives privées, qui, sous le couvert des Pme ou Pmi voient leurs projets simplement rangés aux oubliettes par défaut de financement, les banques, pourtant en surliquidité les ayant déclarés non bancables parce que peu rentables au regard des risques ? Jamal Dine, jeune opérateur économique Burkinabè spécialisé dans la maroquinerie, plusieurs fois victime de cette situation, s’en explique. «Lorsqu’une institution financière vous demande 100 % de garantie avant de vous soutenir dans votre entreprise, je crois que vous n’avez aucune chance de vous tirer d’affaire. Trop de méfiance et d’exigences bancaires tuent l’initiative privée explique Jamal qui souligne que depuis plus de deux ans, il a opté pour les institutions de micro finance (Imf) de son pays beaucoup moins exigeantes selon lui.

Le mythe des « gros clients »

L’Organisation des Nations Unies relevait en 2005 que trois milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale seraient exclues des systèmes bancaires et n’ont aucun moyen d’accéder aux produits financiers classiquement proposés par les banques. Dans les capitales et villes africaines, octroyer un crédit, fut-il à l’échelle des petites gens de la société devient un boulier chinois pour les financiers. Taux exorbitants, extrême méfiance, interminables calculs des risques, bref, d’incontournables garanties sont exigées à de jeunes entrepreneurs généralement à la recherche d’une première chance. Les ménages à faibles revenus se voient du coup exclus et en désespoir de cause, s’en remettent aux institutions de micro finances avec des fortunes diverses. La fin de non recevoir que les banques opposent le plus souvent à ces types de clients ‘’pas comme les autres’’, du moins qu’elles s’interdisent poliment de considérer à leur juste valeur est symptomatique de l’objectif premier de toute institution financière : la rentabilité. « En Afrique, quand une banque veut prendre un risque, donc investir dans une entreprise, elle ne lui avance pas des fonds, elle rentre dans son capital et de ce fait peut tirer des bénéfices de son investissement et de sa prise de risque » explique Guy-Henri Ologoudou, Conseiller clientèle dans une banque à capitaux français installée dans la capitale économique béninoise, Cotonou. Dans ce cas, renchérit-il, les personnes à revenus moyens se voient leur chance limitée. C’est là tout le paradoxe. Lorsqu’une banque hésite à octroyer un crédit à un Pme, alors qu’en Afrique, les Petites et moyennes entreprises ou industries emploient la plus grande partie de la main d’œuvre disponible, il y a matière à réfléchir. A ce sujet, Jamal Dine ne se fait pas d’illusion. « Parallèlement à la demande de crédits à une banque, tout opérateur économique africain se doit de solliciter une Imf aux même fins, car les taux pratiqués ne sont guères différents et dans une banque, rien n’est acquis d’avance conseille-t-il. La revue des statistiques de la Banque mondiale renseigne davantage sur le fossé qui existe entre riches et pauvres quant à l’accès aux prêts bancaires. En 2005, 32,07 % seulement des demandes de crédits ont été honorés dans le monde pour des personnes à revenus très limités contre 66, 04 % la même année pour ceux que les institutions bancaires appellent « gros clients ».

‘’Petits clients’’ : s’abstenir

L’accès au crédit bancaire est subordonné à la constitution de garanties qui peuvent revêtir une forme financière, matérielle ou immatérielle. Les garanties financières sont essentiellement constituées de cautionnements pouvant atteindre le taux de 100% du crédit sollicité, d'hypothèques sur les biens meubles et immeubles, sur la production ou sur les marchandises. Ces obstacles, difficilement contournables, se dressent en cul de sac pour les couches les plus démunies et constituent un frein à la lutte contre la pauvreté. Casimir Sogbossi, analyste financier au Gmci Consulting, cabinet d’expertise en audit installé à Cotonou au Bénin apprécie : « Les banques africaines, toujours hantées par la psychose de la banqueroute des années 80 qui a vu la faillite de nombreuses institutions financières étatiques sur le continent ont désormais opté pour le risque zéro. Elles ne sont prêtes à financier que ceux qui justifient de leur capacité à rembourser réellement les crédits pour lesquels ils souscrivent ». Au mieux des cas, précise-t-il, elles chercheront à devenir l’associé du demandeur de crédit au cas où le projet serait réellement rentable et bancable. Pour M. Sogbossi, contrairement à l’opinion largement partagée selon laquelle les banques ne prêtent qu’aux riches, beaucoup d’institutions financières ont développé en Afrique, des produits spécifiques assortis de conditions surmontables à toutes personnes désireuses de s’installer à son propre compte. Et l’Analyste financier de souligner : « Cependant, il faut avouer que beaucoup de banques cumulent de longues listes d’impayés, ce qui justifierait selon lui, leur méfiance. Pour Kofi Annan, Secrétaire général de l’Onu, il est urgent de créer des banques de solidarité. Cette urgence «s’est révélée comme une arme efficace pour lutter contre la misère et la faim, et permet d’améliorer réellement le sort des gens, surtout celui des plus démunis» précise le Secrétaire général des Nations Unies. Encouragée par les organismes internationaux, la communication autour de cette initiative s’est donc amplifiée. Des appuis conséquents ont été apportés dans ce sens à certains pays de l’Afrique de l’ouest par la Banque Mondiale et autres structures à vocation financière. Avec l'avènement de ces institutions financières de taille modeste, des pays comme le Niger, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin ont pu faciliter l'accès des populations aux marchés des capitaux. Ce cadre institutionnel a permis un développement considérable du financement en faveur des populations à faibles revenus. Cependant, malgré le développement observé au niveau de ces institutions financières, certains besoins spécifiques demeurent insatisfaits pour garantir la réalisation du bien-être social recherché, les taux d’intérêt pratiqués par les Institutions de micro finance (Imf) n’étant pas outre mesure, plus incitatifs que ceux des banques. L’ancien Gouverneur de la Bceao, M. Charles Konan Banny encourage la politique de crédits aux pauvres et avise toutes les Imf à propos. « Les pauvres, ça rapporte gros dès lors qu'on en fait des consommateurs ». Et l'Economiste américain C.K. Prahalad de renchérir : «Ils sont très nombreux et comme ils manquent de tout ils ont de gros besoins. Quiconque qui prête aux pauvres doit pouvoir rentabiliser ». Au niveau de l’Uemoa, la réponse à l’exclusion des pauvres aux services bancaires a été la création de la banque régionale de solidarité. Aujourd’hui l’accès des couches défavorisées est donc devenu un enjeu mondial. En témoigne le prix Nobel de la paix 2006 attribué au magnat bangladais des finances, Muhammad Yunus, patron de la Grameen Bank et inventeur du micro crédit. La communauté internationale ayant assimilé la leçon que la paupérisation est une menace pour la paix et la sécurité dans le monde.




Rhétice GBOGBLENOU