
Le constat du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) vient définitivement sonner la fin de la crise alimentaire au Niger. Malgré un début de saison de pluie incertain, la campagne agricole est sur le point de s’achever sur une note d’espoir avec de bonnes récoltes en cours ou en perspectives. Les stades de développement des cultures sont satisfaisants, allant du stade épiaison à maturation.
Déjà fin septembre, le Cilss avaient annoncé que les récoltes céréalières attendues au SaheI, se situeraient entre 11,5 millions (scénario le plus pessimiste consistant à un arrêt brusque des pluies au 30 septembre 2006) et 15 millions de tonnes (en cas de poursuite des pluies durant la première décade d’octobre 2006). Ce seuil pourrait être dépassé si les pressions parasitaires sont bien maîtrisées et si tous les semis tardifs arrivent à bien terminer leurs cycles.
Lors de son conseil des ministres en date du 13 décembre 2006, le Gouvernement nigérien a entériné les prévisions. Pour les productions agricoles en particulier les légumineuses, il s'est dégagé un excédent de 273 036 tonnes et pour les oléagineuxs, un excédent de 53 097 tonnes. Le bilan global, toutes céréales confondues, s'est soldé par un excédent de 336 802 tonnes. Le Gouvernement a par ailleurs souligné que par rapport au bilan céréalier prévisionnel qui intègre les stocks, les importations et les aides, il s'est dégagé un excédent net de 457 237 tonnes.
Au niveau de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO), c’est le même son de cloche. Lors de sa rencontre annuelle tenue les 12 et 13 décembre 2006, le Réseau de prévention des crises alimentaires a indiqué que la production céréalière dans le Sahel devrait atteindre les 15 millions de tonnes pour la campagne agricole 2006-2007, soit une hausse de 3% par rapport à la campagne 2005-2006 et de 19% par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années. Ce qui permettra de couvrir 97% des besoins basiques en céréales de la population de la région.
La bonne récolte dans le Sahel en général et au Niger en particulier dénote d’une conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord, un bilan hydrique satisfaisant. La situation hydrologique est caractérisée par des écoulements généralement bons, sauf dans les parties en amont des fleuves Sénégal et Niger. Néanmoins, certaines zones de cultures ont connu de fortes inondations ayant occasionné des dégâts importants. Ensuite, la situation phytosanitaire est calme et le risque de péril acridien est limité cette année.
Sur le plan alimentaire, la situation est globalement bonne avec des marchés bien approvisionnés et des prix de céréales en général bas, ce qui a facilité l’accès des populations aux denrées alimentaires. La forte tension qui a caractérisé les marchés du Sahel en 2005 n’a pas dans I’ensemble, été constatée cette année. L’arrivée de nouvelles récoltes a permis de renforcer I’équiIibre alimentaire de la région et la bonne production attendue serait plus utile si les producteurs trouvent des débouchés suffisamment rémunérateurs.
Sur le plan nutritionnel, le taux de malnutrition reste encore élevé dans plusieurs pays même si on note une certaine amélioration au Niger notamment.
En revanche, malgré ce bilan globalement satisfaisant, certaines zones ont connu hélas des baisses significatives de production et cela pour diverses raisons : le retard d’installation de la campagne et l’insuffisance des semences des cultures de substitution dans de telles situations ; les sécheresses et les inondations. Les conditions structurelles et économiques de production, notamment l’insuffisance des terres, des engrais, de la main d’ouvre qui ont entraîné plusieurs cas d’abandon de champs ou de mauvais traitement ayant abouti à des baisses de rendement. Toutefois, pour l’essentiel, le Niger s’en sort avec une bonne saison agricole laissant derrière lui les périodes noires de la crise alimentaire.
Gnona Afangbédji