Comment sortir de la dépendance énergétique

Bénin-Togo

L’aggravation de la crise énergétique qui secoue de manière cyclique le Bénin et le Togo n’est pas sans conséquences néfastes sur les économies de ces deux pays foncièrement dépendants des Centrales électriques du Ghana et de la Côte d’Ivoire.
Depuis peu, le Bénin et le Togo sont en proie à de sèches coupures d’électricité à des populations qui n’ont droit à l’énergie électrique qu’un jour sur deux, alors qu’elles ont souscrit à un abonnement et s’acquittent de leur redevances. Il est aujourd’hui établi que les crises récurrentes de délestage que connaissent ces deux pays mitoyens situés en Afrique de l’ouest sont non seulement dues à la baisse du niveau d’eau dans les centrales hydroélectriques des pays fournisseurs d’électricité que sont le Ghana et la Côte d’Ivoire, mais aussi et surtout à leurs impayés à la Communauté électrique du Bénin (Ceb), structure distributrice de l’énergie achetée chez lesdits fournisseurs. Pour amoindrir la peine des populations, le Bénin et le Togo ont dû opter pour des tranches horaires de quatre à six heures de coupures du courant électrique réparties dans les différents quartiers et villes des deux pays.
Ces coupures qui atteignent parfois 10 à 14 heures d’horloges ont des répercutions énormes sur les activités quotidiennes des populations. Des familles aux revenus moyens se sont vus imposer des dépassements imprévus dans leurs budgets du fait des appareils électroménagers constamment court-circuités, de la baisse du rendement des enfants scolarisés contraints à n’étudier que selon la disponibilité du courant électrique. Les industries agroalimentaires, obligées de recourir au groupe électrogène voient leur régime baisser ostensiblement. Les exportations en prennent un coup du fait d’une valeur ajoutée sur la plupart des produits de première nécessité. Le coût de vie montant d’un cran, les populations s’enlisent davantage dans la pauvreté. Selon le Directeur des Prix et des concurrences du Bénin, M. Xavier Loko, le Bénin a perdu à lui seul plus d’un milliard en deux mois du fait du ralentissement des activités des petites et moyennes entreprises de même que celles des petites unités (restaurant, bistrots, boulangers, pharmacies, cliniques privées etc. Cette situation symptomatique de celle que vit le Togo a fait flamber les prix des groupes électrogène. Actuellement, certains fournisseurs proposent dans la Capitale togolaise, de petits groupes de 1 à 3 kva entre 400.000 F Cfa et 1 million de FCfa. La recherche de nouvelles sources d’énergie a induit indubitablement un surplus de dépense pour les entreprises et industries dont les chiffres d’affaires ont baissé de plus de 2% au Togo. Les économies de ces deux Etats reposant essentiellement sur les recettes fiscales en ont reçu un coup, l’entrée de devises dans le pays étant ralentie faute d’une exportation dynamique et constante.

Indépendance énergétique sous conditions

Pour sortir de ce goulot d’étranglement économique, les Gouvernements du Bénin et du Togo ont deux options : soit se libérer de la dépendance énergétique, soit y rester mais en respectant leurs engagements respectifs vis-à-vis de la Communauté électrique du Bénin (Ceb) qui se doit au plus tôt de reconquérir la confiance des fournisseurs d’énergie. Dans le premier cas, les deux pays doivent œuvrer pour la construction immédiate de nouveaux barrages hydrauliques tel que celui d’adjarala dont le coût est évalué à 33 milliards de francs Cfa. Ils doivent exprimer une volonté réelle en vue de la mise en service de l’interconnexion des réseaux de la Ceb et de la Transmission Company of Nigeria (Tcn) prévue pour Mars 2007, et de l’adaptation des turbines à gaz à l’utilisation du gaz naturel du projet gazoduc, au prix plus compétitif par rapport au Jet A1, combustible liquide actuellement nécessaire pour faire tourner ces turbines. D’autres sources d’énergie comme les énergies éolienne et solaire doivent également être promues dans chacun des deux pays. Cependant, lorsque le Bénin et le Togo décident de demeurer dans la dépendance énergétique, il faudra qu’ils reconsidèrent conjointement le mode de fonctionnement de la Ceb, qu’ils s’acquittent régulièrement de leurs redevances et qu’ils prévoient des scénari de sortie de crise pour juguler le cyclique problème de délestage. Aussi, est-il nécessaire d’acquérir suffisamment de turbines à gaz et autres groupes électrogènes pour satisfaire les consommateurs. Pour l’heure, aucun de ces deux pays, au grand dam de leur économie déjà toussotante, ne dispose d’une stratégie bien huilée susceptible de garantir à long terme leur indépendance respective. A quand le bout du tunnel ? a -t-on tendance à s’interroger.